La commémoration de l'armistice du 11 novembre honore chaque année, un girmontois ayant donné sa vie pour la France, ou ayant participé de dure manière à l'une ou l'autre des deux guerres.

C'est en présence de Damien Mougenot, chef des Pompiers ajolais, des 3 portes drapeaux, de Jean Marie Manens, maire honoraire, de toute la famille Nurdin et Balandier, des habitants du Girmont

que tous les présents ont d'abord écouté les messages de différents ministres, lus par le maire Patrick Vincent :

L'armistice :

''C’était il y a 106 ans, en 1918. À la 11ème heure du 11ème jour du 11ème mois, de la boue des Flandres à la frontière suisse, les clairons égrènent les notes du « cessez-le-feu ». Aux fiertés de la victoire se mêle le cortège d’ombres des « péris en terre », accompagné de ceux qui les pleurent. Ce sont ces sacrifices que nous commémorons aujourd’hui, auxquels sont agrégés depuis 2012 celui de tous les « morts pour la France ». '' Honorer leur mémoire, c’est écouter ce qu’ils nous disent encore aujourd’hui.

Ils nous laissent un devoir de gratitude, de lucidité et d’espérance.

Le devoir de gratitude, c’est tout simplement se souvenir du sacrifice de ces jeunes hommes, habités des promesses de la vie, qui ont consenti à tout donner pour que la France demeure. Les épreuves qu’ils ont traversées sont inimaginables.

Pour nous en imprégner, laissons la parole à un témoin, le général de Castelnau. Leur vie, c’était « marcher, marcher encore, marcher quand même à demi-mort de fatigue, trempé jusqu’aux os, transi de froid ou bien épuisé de chaleur et de soif dans l’air embrasé d’une journée torride (…). Gravir la pente du terrain sous le lourd fardeau du sac, charger baïonnette au canon dans le sifflement des balles, le crépitement des mitrailleuses et le mugissement des obus. Combattre le jour, combattre la nuit, veiller toujours ; mourir obscurément dans le sillon d’un labour ».

Le devoir de lucidité, c’est de ne pas oublier que 21 ans après que les canons se fussent tus, il a fallu reprendre les armes en 1939. La conjonction de la lâcheté et de l’aveuglement ont transformé la « der des der » en « armistice de vingt ans » pour reprendre les mots du maréchal Foch. À l’heure où la tragédie de la guerre a fait son grand retour en Europe, à l’heure où certaines puissances remettent en cause tous les fondements de l’ordre et du droit international, ceux de 14 et ceux de toutes les guerres nous murmurent de continuer à défendre la paix.

Le devoir d’espérance, c’est de ne jamais douter des ressources de la France pour venir à bout des défis qui se présentent à elle. La guerre change de visage, mais de génération en génération, les soldats de France demeurent animés de la même volonté de défendre l’honneur et la patrie

Puis Pierre Vincent a retracé le parcours de Pierre Nurdin mort pour la France en 1945.

Pierre était né le 22 mars 1922 au Gravier, fera sa scolarité au Girmont, puis reprendra la ferme familiale avec son frère jumeau Paul.

1939 La France et l'Angleterre entrent en guerre contre l'Allemagne.

16 Février 1943, instauration du STO, tous les jeunes nés en 1920, 1921, 1922, et déclarés aptes sont appelés à aller travailler en Allemagne pour 2 ans. Pierre fera partie du voyage, son frère Paul son jumeau sera jugé inapte. Les personnes réquisitionnées dans le cadre du STO étaient hébergées, accueillies dans des camps de travailleurs localisés en Allemagne. 600 000 à 650 000 travailleurs français y furent acheminés entre juin 1942 et juillet 1944.

La vie au Service du Travail Obligatoire

Le 10 juin 1943, Pierre part pour Hildburghausen à 500 km du Girmont, il sera affecté dans une usine de fabrication de machines.

En terre allemande, aucune convention internationale ne s'applique à ces travailleurs : ni la Croix-Rouge, ni la Convention de Genève, ils ne sont plus que des individus isolés, livrés à leurs futurs employeurs, les polices intérieures de l'usine et la Gestapo veilleront au respect de ces règlements.

Une autre loi s'impose à eux, celle de la durée du travail. Dans tous les lieux de production industrielle, la moyenne horaire de la semaine est de 72 heures, de jour comme de nuit, car le travail ne s'arrête jamais.

Le courrier échangé avec sa famille permet à Pierre de supporter cet exil et les dures conditions de travail et de vie. Les colis agrémentent l'ordinaire : pommes de terre, choux, carottes, rhubarbe, il ne parle jamais de viande.

Sur le salaire que perçoivent les travailleurs, l'usine retient 40 à 50 % pour le logement et la nourriture. Le solde est envoyé par Pierre à sa famille.

Les permissions Pierre n'a bénéficié d'aucune permission, dans ses dernières lettres, il fait mention de périodes de cafard.

Juin 1944 : c'est la joie du débarquement et le début de la libération de la France, mais pour les requis du STO c'est la rupture avec la France. plus de lettre, de colis, le seul lien familial qui le reliait à la France est rompu. Commence alors des bombardements sur les sites industriels allemands.

Le 5 janvier 1945, Pierre sera hospitalisé à Meiningen, où il décédera le 25 mars 1945. Son décès serait consécutif à la privation de nourriture et à une maladie de poitrine, provenant d'un rhume mal soigné !

Le 5 avril 1945, 13 bombardiers bombardèrent Hildburghausen avec 30 tonnes de bombes.

Le 23 janvier 1947, le préfet accepte la demande formulée par Émile Nurdin, son papa, de faire figurer au monument aux morts le nom de son fils Pierre.

C'est en 1950 que son corps sera rapatrié au Girmont.

Ce lundi c'est Livia, accompagnée de son papy, Laurent Nurdin, neveu de Pierre qui ont déposé, au nom de la nombreuse famille de Pierre (les enfants de René et Charlotte, tous présents excepté celui qui est dans le Sud), la gerbe au pied du monument aux morts.

D'où il est, comme le Tonton Pierre a du apprécier ce geste intergénérationnel.

Tout ce que je vous ai écrit là, n'est qu'un condensé de ce que Pierre Vincent a relaté en ce jour du 11 novembre, grâce aux archives familiales des familles Nurdin - Balandier, de la secrétaire de mairie, des Archives départementales des Vosges, du personnel du Service Historique de la défense de Caen dans le Calvados et de Jean Louis Quereillahc auteur de l'ouvrage "Le STO pendant la Seconde Guerre Mondiale

Merci à Pierre et Merci à toute la famille de Pierre Nurdin présente pour cette mise à l'honneur.